La bulle du vélo en libre service

Cimetière de vélo en Chine

Moyen de déplacement rapide et écologique par excellence (si on ne prend pas en compte sa production), le vélo connait depuis une décennie une transformation dans son utilisation et dans son accessibilité. Le vélo partagé acquiert ses lettres de noblesse en 2007 à Paris avec le Vélib’ et s’exportera dès lors partout dans le monde. Son succès est tellement vaste que les jeunes pousses orientées mobilité s’emparent du concept et le diversifient, proposant alors un vélo en libre service sans bornes dans les grandes villes. L’engouement autour de ce concept est tel que les investissements dépassant les 7 chiffres fleurissent et le parc de néo-bicyclettes explose. Le tout est maintenant de savoir jusqu’à quel point la bulle à deux roues va continuer de grossir…

Un concept chinois

L’histoire du vélo libre à grande échelle débute en 1965 où le mouvement Provo (Hollande) met à disposition dans les rues d’Amsterdam des vélos blancs. L’expérience fut de courte durée, les vélos étant confisqués parce qu' »incitant au vol ». Vient ensuite plusieurs expériences infructueuses mais pleines d’apprentissages conduisant au succès du vélo de JC Decaux à partir de 2007 à Paris (succès relatif compte tenu du coût d’entretien, de réappro des vélos et du non renouvellement de contrat en 2017). Le concept de « partager » un vélo s’est désormais répandu !

On distingue alors les vélos partagés via des bornes (modèle du Vélib à Paris) et les vélos en libre service sans bornes, accessibles par tout le monde (modèle Chinois).

Vélo en libre service

Et c’est à ce niveau que nos amis asiatiques font fort : le vélo n’est pas rattaché à une borne, il est libre d’accès (mais néanmoins verrouillé), disponible pour les utilisateurs qui le géolocalisent par GPS, le déverrouillent via leur smartphone, l’utilisent et le déposent où bon leur semble. Et c’est pas cher. Une heure de trajet représente 0,5 yuans (soit 0,07 euros). Allié à une production de masse Made in China, on comprend que ça fonctionne !

Les avantages : réduit la pollution, évite les embouteillages, très accessible (il suffit de « biper » le QR code du vélo pour le déverrouiller), rapide, sans recherche de bornes (à l’accoutumée surchargée ou déserte de surcroît) et à proximité (on le dépose devant son boulot). Ou comment démocratiser l’accès à un produit existant depuis 1818.

Les grands noms du secteur se nomment Ofo et Mobike et ont débuté leur aventure en 2014.

Tout n’est pas rose

Évidemment un concept aussi populaire ne se développe pas sans problèmes. Et ils sont nombreux (mais pas insurmontables) :

Le vol ! C’est la première chose qui me vient à l’esprit lorsque j’interprète un concept de libre accès. Le vol de ces vélos est bel et bien existant. D’autant plus qu’ils ne sont pas attachés à une borne comme les Vélib’. Certes ils sont verrouillés et dotés de GPS mais il n’a pas fallu longtemps aux hackers pour démanteler leur fonctionnement.

La privatisation. La propriété d’un bien, sujet fondamental. Ici le vélo ne vous appartient pas. Donc pas le droit de se l’accaparer, sous peine d’une sanction de 15 jours de prison. Ah ah ! Pour être sûr de retrouver le vélo là où ils l’ont laissé, certains utilisateurs le bloquaient avec leurs cadenas. L’État a rapidement légiféré sur ce point. Plutôt flexible et rapide !

La massification. L’ex royaume de la bicyclette est connu pour sa petite tendance à démultiplier tous produits. Les vélos n’échappent pas à cette règle et se sont quelques 50 millions d’utilisateurs qui se les partagent en Chine. Le fait qu’ils soit laissés n’importe où provoque des problèmes de circulation, gênant piétons et automobilistes. Autre point soulevé : l’utilisation de l’espace public. Saturation des places de parkings gratuites et utilisation des trottoirs sont des enjeux auxquels les autorités prêtent aujourd’hui attention, avec une tolérance tacite pour le moment.

La casse. Entre vols de roues, abandons d’épaves sur la chaussée ou encore le vandalisme par les taxis qui cherchent à ne pas laisser proliférer leur concurrence, les cimetières des deux roues ne désemplissent pas. Espérons qu’ils soient facilement recyclables !

Chaque bulle finit par éclater

Les start-ups se bousculent sur ce marché, rivalisant chaque mois de nouvelles idées pour affiner leur Business Model tandis que les autres chutent et font faillite. C’est le cas de Bluegogo qui dépose le bilan fin d’année 2017 ou Coolqi qui cesse son activité après quelques mois de mise en circulation comme nous l’explique Maddyness.

À quoi pensent les investisseurs ? Pourquoi mettre autant d’argent dans un secteur exacerbé par la concurrence ? À quels chiffres se rattachent-ils pour espérer une hypothétique plus-value ? Se scrutent-ils entre eux attendant sagement qu’une des nombreuses pousses qu’ils supportent s’assèche pour lui prendre ses parts de marché ?

D’ailleurs le vélo libre service n’est pas le seul à soulever des millions. En effet, qui a envie d’arriver au travail tout transpirant ?

Les velib’s électriques débarquent ! Grâce aux eux on arrive au travail frais comme un gardon. C’est le pitch de la société PubliBike qui a déployé pas mois de 180 vélos électriques partagés en Suisse fin 2017. Autre avantage : plus de borne mais un déblocage via mobile. Comme en Chine. Et ce n’est que le début, ces vélos (électrique ou non) arrivent progressivement en Europe. Ofo est aussi présent depuis fin 2017. Et ce ne sont pas les seuls. Beaucoup arrivent. On se demande dès lors comment les Vélibs’ & co vont gérer cette arrivée massive de concurrents aux arguments commerciaux plus pertinents. Le marché est il suffisant (surtout quand il pleut) ? Y a t-il de la place pour tout le monde ? Les habitudes de consommation des transports des européens vont elles être bouleversées ? La bulle spéculative va t-elle se renforcer ? Suspense !

 

 

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