L’Homme augmenté est-il notre avenir ?

L'homme augmenté de demain ?

Nous ne sommes que le résultat d’un long processus évolutif qui a mis près de 85 millions d’années pour aboutir à ce que nous sommes aujourd’hui. Cette évolution est à la fois génétique et à la fois cognitive. Ainsi l’émergence de notre espèce (Homininé) est due à des mèmes (imitation du comportement d’un individu par d’autres individus) d’idées novatrices (comme le feu). Sauf qu’aujourd’hui la technologie pourrait bien s’inviter dans le processus. Alors, allons-nous continuer à évoluer de façon naturelle ou la technologie va t-elle modifier la donne ? Darwin n’a qu’à bien se tenir !

Évolution de la girafe

Le transhumanisme

Il ne fait plus aucun doute qu’aujourd’hui la technologie est devenue une extension de notre corps (J’en prends pour simple exemple le mobile omniprésent qui a élu domicile au bout de nos doigts). Mais que se passerait-il si on décidait désormais d’intégrer la technologie à notre corps ? C’est le sujet du transhumanisme.

Le transhumanisme est un mouvement qui promeut l’utilisation des découvertes scientifiques et techniques pour l’amélioration des performances humaines. L’humain peut être augmenté par la technologie. Mais attention, dans ce concept, il n’est pas question de rendre l’être humain parfait, mais plutôt de lui permettre de devenir un peu plus que ce qu’il est déjà. Soit en « réparant » les anomalies existantes (redonner la vue à des aveugles/mal-voyants par exemple), consolider des os, remplacer des organes vitaux, … soit en le rendant plus fort, intelligent, endurant qu’il ne l’est aujourd’hui.

Imaginez un fluide rouge qui remplacerait le sang et éviterait les pénuries dans les hôpitaux, des cerveaux connectés au cloud qui pourraient effacer les mauvais souvenirs et développer la créativité, une peau ultrarésistante qui communique par tatouage dynamique ou des implants rétiniens qui permettent de voir la nuit ou de zoomer.

Éthique ?

On peut se demander en lisant ces quelques perspectives de notre avenir si tout cela est bien acceptable. C’est un débat qui résonne de plus en plus sur la toile. Et la question de l’amélioration de l’homme conduit forcément à la question de l’immortalité. Si on peut « réparer » chaque organe, tissu ou cellule de notre corps, n’abolit-on pas la mort ? Ne plus subir les affres du temps en rendant son corps inépuisable a toujours été le rêve de l’humanité.

On veut y croire. Mais évidemment, la capacité à braver la mort ne sera pas l’apanage de tous. L’accès aux technologies d’augmentation n’est par définition pas pour tout le monde. Étant des produits de recherches scientifiques et techniques poussées, elles ont un coût. Est-ce que chaque individu pourra se permettre d’acheter son évolution ? Rien n’est moins sûr.

L’évolution de nos gènes

Bref, le Darwinisme auquel nous sommes confrontés depuis l’apparition de la vie sur terre pourrait bien être supplanté par la technologie. Je parle de la sélection naturelle où seuls les animaux les plus adaptés survivent, se reproduisent et transmettent leurs gènes. Et au gré des mutations survenues au hasard au cours de millions d’années, la mâchoire de nos ancêtres a commencé à se rétrécir laissant alors plus de place dans la boîte crânienne et permettant alors au cerveau de se développer. Cette mutation s’est avérée être un avantage évolutif et a donné naissance à l’espèce humaine.

Mais peut-on continuer de parler d’évolution naturelle aujourd’hui ? Grâce aux progrès de la médecine, nous corrigeons les défauts de l’Humain, nous le soignons et nous l’accompagnons. Ainsi, les « faibles » (d’un point de vue de l’évolution) survivent, continuent à se reproduire et mélangent alors leurs gènes.

Bah du coup plus de théorie de l’évolution ?

C’est ce que je serais tenté de dire. D’autant plus que l’évolution naturelle implique une adaptation à son environnement… environnement que l’homme contrôle, bâtissant des villes selon ses propres contraintes.

Du fait de cette mixité de gènes que nos conditions de vies favorables ont favorisée, on peut se demander si notre patrimoine génétique ne serait pas en train de se détériorer au fil du temps.

Eh bien pas forcément. Des techniques existent aujourd’hui pour que nous modifions nous-même notre ADN. Si nous pouvons modifier à notre gré notre ADN, nous pouvons l’optimiser, et ainsi choisir à quoi ressembleront nos enfants, dans une logique très qualitative. Nous tombons à nouveau dans un débat éthique. Ce n’est pas parce que nous pouvons le faire que nous devons le faire ! ( après l’Homme, l’Hogm ?)

S’amputer pour s’améliorer ?

L’homme bionique. Ou l’homme qui valait 3 milliards. Tel le colonel Steve Austin à qui on a remplacé certaines parties de son corps, l’homme peut avoir recours à la technologie pour remplacer des membres perdus.

La technologie nous le permet. Des femmes et des hommes ont pu retrouver autonomie et sens du toucher grâce à elle. On parle ici aussi bien de prothèses fabriquées maison que de prothèses ultra sophistiquées reliées aux nerfs ou contrôlées par la pensée.

Prthèse randonneur

Si jamais un jour ces prothèses surpassent les capacités normales d’un humain, que se passera t-il ? Y aura t-il une ségrégation entre humains « normaux » et humains « augmentés » comme l’homme l’a toujours fait au cours de son existence ? Irait-on jusqu’à s’amputer pour devenir meilleur ? Est-ce notre destin ?

Jarryd Wallace, étudiant américain de 25 ans en 2015, est devenu le nouveau recordman du monde du 100m handisport avec un chronomètre de 10′ 71 secondes. Le recordman valide Usain Bolt a réalisée n 2009 9’58 secondes. Mais n’est pas Usain Bolt qui veut. Vous vous voyez courir le 100m en 10 secondes ? Avec sa prothèse il arrive presque à aller aussi vite que les plus grands champions de course.

À l’inverse, certains scientifiques pensent que le transhumanisme conduirait vers un homme diminué. Diminué parce qu’il serait tributaire de la technologie, tributaire des machines. Ne faisant que remplacer un organe, une prothèse, peu importe ce qu’elle permet de palier, la technologie n’est qu’un outil. Sans elle, l’homme reste ce qu’il est, diminué physiquement.

Le risque de l’homme diminué

Au delà de l’amputation, on est aussi en droit de se demander si l’humain de demain, qui n’évoluerait plus de manière sélective mais en association avec la technologie, ne se diminuerait pas intellectuellement.

Le directeur de l’ingénierie chez Google, Ray Kurzweil, rêve de voir le cerveau humain copié sur des circuits numériques et que la machine dépasse l’être humain (singularité). La symbiose entre l’humain et l’ordinateur parfaite. Mais pour qu’un cerveau puisse être copié sur un ordinateur, il faudrait qu’il soit opérationnel de prime abord.

En effet, notre sur-utilisation moderne des écrans diminue petit à petit nos capacités, entre troubles de l’attention et pertes de mémoire. Nos comportement multitâches et multi-écrans en seraient à l’origine. Notre attention sélective serait ainsi vilipendée au gré de nos activité numériques et le coût énergétique demandé au cerveau pour passer d’une tâche à l’autre ou d’un écran à l’autre favoriserait ce déficit de l’attention.

Notre mémoire est aussi malmenée par notre capacité à se reposer sur le savoir informatique. Plus besoin de retenir les choses lorsqu’on peut les retrouver facilement sur Internet grâce à des mots clés. Plus besoin de retenir les lieux dans lesquels on évolue lorsqu’on peut se faire guider par un GPS. Le problème c’est que notre cerveau s’accommode de plus en plus de cette praticité numérique et ne s’habitue plus à entrainer sa mémoire à long terme… qui fait partie de notre richesse intérieure.

L’homme aurait-il donc trop évolué ? Notre existence ne dépend plus du Darwinisme depuis que les mèmes se sont propagés. La technologie aidant, nous n’avons plus à nous adapter à notre environnement parce que c’est nous qui le façonnons. Nous avons donc nos propres outils pour nous faire évoluer nous-mêmes. Seulement ces outils posent des questions d’éthiques et pourraient avoir l’effet inverse de ceux escomptés : faire de l’homme une machine lisse, solitaire sans inventivité, sans saveur.

Dans le cas d’une évolution contrôlée, pourra t-on s’empêcher de marginaliser le moins fort ? L »homme augmenté pourra t-il vivre au même niveau que l’homme ordinaire ?
Quoique, n’oublions pas que l’homme vacciné est déjà un homme augmenté !

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