Loi mobilité 2018 : quid ?

Loi mobilité 2018

Permettre à n’importe qui de se déplacer n’importe où de façon abordable, tel est le défi de mobilité que la France s’est imposée depuis plusieurs décennies. L’enjeu est de proposer des moyens de transport écologiques et durables au plus grand nombre, aussi bien en zone urbaine que rurale. Cet enjeu est donc de taille et la future loi sur la mobilité qui sera définie par le gouvernement ce Printemps y apportera sa contribution.

État des lieux

Souvenez-vous, été 1982, instauration du droit au transport par la loi d’orientation des transports intérieurs. Non ? Je vous rassure, moi non plus je ne m’en souviens pas ! D’ailleurs je n’étais pas né. Mais c’était le début d’un grand chantier d’urbanisation grignotant les zones rurales. En 2000, la loi Chevènement permet au périmètre des transports des grandes villes de s’étendre aux communes allant alors jusqu’aux 3èmes couronnes. Depuis ce sont 11% d’habitants supplémentaires qui ont accès à ces transports chaque année. Mais en parallèle les territoires urbains se sont agrandis (les gens préférant vivre en périphérie à la recherche du calme et des propriétés individuelles moins couteuses).

Elisabeth Borne, la ministre des transports a déclaré au Monde.fr qu’il y a en France 30% de personnes dont aucune autorité ne s’occupe de l’organisation de la mobilité. Ces personnes n’ont par conséquence pas d’autre choix que d’opter pour la voiture.

Conclusion : le parc automobile n’a jamais été aussi dense (+18% depuis 2000) pour atteindre presque 40 millions d’automobilistes. Conséquence : les pics de pollution deviennent récurrents ainsi que les bouchons et les maladies liées à la respiration augmentent.

Dès lors on se demande vers quoi se tourner. Les usagers de la route veulent un certain degré d’autonomie, une flexibilité et une fluidité du transport, du confort et que le tout préserve la nature, sans payer trop cher non plus.

Les changements à prévoir

Voici les 5 mesures qui sont très sérieusement envisagées par le gouvernement :

Le forfait post-stationnement (FPS)

RIP PV, welcome FPS. On y est, c’est effectif, depuis le 1er Janvier 2018, ce sont les municipalités qui fixent le montant des amendes pour stationnement non payé. Désormais il vaut mieux toujours se munir d’une pièce de 2€ pour installer confortablement sa voiture à une place (dès lors plus nombreuses ?). De plus, ce sont des sociétés de gestion privées qui se chargent de dresser les FPS. Ainsi à paris, plus de 50 000 forfaits ont été comptabilisés sur une période de seulement 15 jours. Une vraie foire !

Lyon a fixé son FPS entre 35 et 65 euros. Amis lyonnais, rendez-vous à l’horodateur ! Mais la guerre des parkings ne s’arrête pas là…

Les nouvelles mesures de la loi mobilité prévoient une facilitation de mise en place des péages urbains pour les collectivités locales. Quésaco ? Il s’agit tout simplement d’accès payants pour les automobiles au centre des agglomérations.

Futur péage urbain

FP0S et péages urbains permettraient d’inciter les automobilistes à utiliser d’autres moyens de locomotion, moins polluants, moins encombrants. Ainsi, covoiturage, utilisation des transports en commun ou vélo partagé seraient les grands bénéficiaires de cette mesure. Mais les contestations surgissent déjà. En effet, ajouter une « taxe » pour rouler en ville pourrait conduite à une ségrégation entre ceux qui peuvent se le permettre et ceux qui ne peuvent plus.

L’éco-bonus mobilité

Payer plus… ou être payé ! Plutôt que de faire payer les usagers pour imposer une conduite, l’idée de la métropole Lilloise est plutôt de payer les bons élèves, ceux qui adoptent un comportement plus sain. L’idée est que certains automobilistes ne sortent qu’en dehors des heures de pointe, qu’il utilisent les transports en commun ou qu’ils optent pour le télétravail. Leur gain serait de 2€ par trajet évite. Une bonne idée en soi, il ne reste plus qu’à analyser si c’est viable.

Des licences pour VTC et vélos en libre service

Deux révolutions dans le domaine du transport, à savoir le VTC et le vélo en libre service pourraient voire leur cadre législatif être modifié.

Il est aujourd’hui très aisé de démarrer une activité de VTC, une entreprise pouvant être opérationnelle du jour au lendemain. Il en va de même avec les vélos partagés dont nous parlions déjà des dérives de la bulle spéculative. Le free-floating (je vous invite à apprendre ce nouvel anglicisme pour « vélo libre service ») commence d’ailleurs à pulluler dans les grandes agglomérations de l’hexagone. On peut d’ores et déjà se demander jusqu’à quel point cette innovation bouleversera la population française.

Légiférer sur les droits d’installation de ces deux secteurs est donc d’une importance primordiale pour éviter tous débordements (surtout de la part des taxis vandales). La création de licences comme au Royaume-Uni semble être la solution.

Réservez-les dans nos campagnes

Aujourd’hui la loi n’autorise le transport rémunéré sur demande qu’aux taxis et VTC. Demain, les chauffeurs amateurs pourraient faire office de taxis dans les campagnes. C’est vrai, après tout, les professionnels de ce secteur ne sont pas légions dans nos coteaux ruraux et le service des transports en commun cesse généralement après 22h. Faire appel à des particuliers en tant qu’intermédiaires des taxis lorsqu’ils ne sont pas présents est la solution.

Une startup française a tenté le coup mais s’est fait condamné l’année dernière pour exercice illégale de la profession de taxi. Heetch s’est donc rangé au niveau de service de VTC. Triste mais la situation pourrait changer avec la future loi. L’idée serait donc de ne pas empiéter sur le monopole des taxis en agglomération mais de permettre aux chauffeurs amateurs d’exercer en zone rurale. L’autre débat sera de discerner les deux zones. Courage.

Des pistes pour la voiture autonome

Oui, la voiture autonome, c’est la voiture de demain, si la voiture volante ne sort pas des usines entretemps, bien entendu. On croise surtout ce type de véhicule aux États-Unis. Leur conduite autonome est limitée, un conducteur étant toujours derrière le volant, apte à reprendre le volant lorsque la situation ou l’autopilote l’exige. Il n’y a pas encore de véhicule autonome de niveau 3 sur les routes publiques françaises. Le niveau 3 représente les véhicules dont le conducteur peut céder le contrôle complet à l’autopilote. Mais il pourrait en être autrement bientôt !

Autopilote sur voiture autonome

En effet, les voies de train à faible trafic sont d’une part onéreux en terme de coût de fonctionnement et ne concernent qu’une très faible fréquentation d’usagers. À défaut de remplacer les trains par des bus, la loi pourrait proposer l’option d’utiliser ces kilomètres de pistes ferroviaires à un autre type de transport, vous l’aurez deviné, la voiture autonome. Ainsi, ces voies exclusivement réservées à ces voitures pourrait être le meilleur moyen de concilier mobilité et coût sans rentrer en conflit de cohabitation avec l’automobile traditionnelle.

Mais on y est pas encore.

Le come-back de la vignette

Quand j’étais enfant, je pensais que les vignettes qui tapissaient la vitre de la BX de mon père étaient un élément de décoration. Ce n’était pas le cas. Elles ont disparu en 2000. Mais comme un bel écho nostalgique, la vignette pourrait refaire surface à la place d’une renaissance de l’écotaxe (suspendue en 2014 par Ségolène Royale, alors ministre de l’Environnement).

La cible ? Les poids lourds qui transitent par la France (mais qui n’y payent pas d’essence). Grâce à cette vignette dont devront s’acquitter conducteurs de poids lourds et véhicules utilitaires légers pour circuler sur le réseau national routier, chaque véhicule financera les infrastructures routières. 550 millions d’euros potentiels de gain annuel. Suspense !

Les technologies avancent, les gouvernements tentent de leur emboiter le pas, pas souvent à la même vitesse, pas forcément très efficacement. Mais il y a de bonnes idées pour limiter l’utilisation de la voiture avec ses alternatives moins nocives. La limitation à 80km/h sur les routes nationales rejoint cette idée. Économiser, sauver des vies, développer les ressources de demain. Rendez-vous dans 3 mois pour savoir ce qu’il en est !

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